jeudi 9 octobre 2014

Il y a deux grandes familles de virus, les virus à ADN, comme notre matériel génétique, et les virus à ARN. Le virus Ébola est un virus à ARN. Ces virus comptent aussi ceux qui causent l'influenza, la fièvre du Nil occidental, le SIDA et bien d'autres.
Les virus à ARN sont beaucoup plus variables que les autres. Cette variabilité s'explique par le fait que pour se multiplier, les virus utilisent certaines protéines, de petits « ouvriers » qui sont chargés de copier le matériel génétique. Or, les ouvriers qui copient l’ADN font peu d’erreurs alors que ceux qui copient l’ARN en font beaucoup. Les conséquences de ces erreurs sont profondes.
Dans la plupart des cas, ces erreurs sont probablement néfastes pour le virus. Elles peuvent aussi n’avoir aucune influence... sur le moment. Mais la conséquence majeure, c’est que tous les virus sont légèrement différents les uns des autres. Ainsi par pure chance, il y aura souvent un virus qui sera capable de résister au système immunitaire du patient ou aux médicaments. Par exemple, avant l’arrivée des médicaments antirétroviraux, une personne atteinte du virus du sida pouvait avoir dans son corps 100 milliards de virus, et il n’y en avait pas deux pareils ! Cela signifie que lorsqu’on administre des médicaments, il y a souvent, dans le lot, un virus qui résiste et qui survit.
Cette variabilité est la cause des virus « émergents »
La plupart des nouveaux virus sont des virus à ARN. En plus de la grippe aviaire et du SRAS, un tout nouveau virus, le virus de Hendra, est apparu en 1994 en Australie: il a causé la mort de chevaux puis du vétérinaire qui les soignait. Ce virus, nommé ainsi à cause de la localité où il est apparu, provenait des chauves-souris vivant dans l'entretoit de l’écurie. Le virus Ébola, lui aussi, provient probablement de chauves-souris. Et on est loin de connaître tous les virus: toutes les cellules de tous les organismes vivant sur terre sont assiégées par 10 particules virales en moyenne. Pour ma part, j'ai travaillé sur un virus de poisson; il y a plus de 20 000 espèces de poissons. Faites le compte !
Quelques exemples de virus qui ont franchi les barrières existant entre les espèces (à part la grippe aviaire)
Dans les années 1930, pendant la grande crise économique, aux États-Unis, des éleveurs de porcs ont nourri leurs animaux avec des carcasses d’otaries. Les porcs ont alors développé des vésicules sur la peau, rappelant la fièvre aphteuse. Mais on a réalisé dans les années 1950 que cette maladie était en fait due à un virus qui était présent chez les otaries. À la fin des années 1980, un virus de chien (causant le distemper) est passé des chiens aux phoques, puis des chiens aux lions. D'autres exemples de virus ayant infecté de nouvelles espèces animales sont le virus du SRAS (probablement issu des chauve-souris lui aussi) et MERS-CoV (transmis à l'humain à partir de chameaux), tous deux des coronavirus; les coronavirus comptent des virus bien connus pour des maladies très fréquentes qu'ils causent en mutant chez le chat et le porc.  Enfin, jusqu’à récemment, on ne connaissait pas de virus influenza chez le chien. Or, voici quelques années, les chiens ont contracté un virus d’influenza de cheval, probablement à partir de viande équine (crûe) qu’on a donné à des chiens de course en Floride. Ce virus s’est adapté à son nouvel hôte canin, par des mutations.
Le SRAS, le virus Hendra, le virus Nipah (et probablement le virus Ébola) ont été contractés à partir de chauves-souris...  Comme on voit, les chauves-souris sont souvent impliquées : ce n’est pas étonnant: il existe plus de 1200 espèces de chauves-souris sur les 5500 espèces de mammifères décrites! Les chauves-souris représentent ainsi environ le cinquième de toutes les espèces de mammifères !  Il y a 65 millions d’années une météorite gigantesque percutait la terre et anéantissait tous les dinosaures, laissant le champ libre aux petits mammifères qui étaient parvenus à se faufiler parmi les dinosaures. Des scientifiques pensent actuellement que parmi ces petits mammifères, les chauves-souris ont survécu en plus grand nombre que les autres mammifères parce qu’elles habitaient dans des cavernes. Elles auraient pu ainsi résister aux incendies puis à l’hiver sans fin qui ont ravagé la planète suite à cette collision. Pour ces raisons elles auraient eu une longueur d’avance sur les autres mammifères; elles auraient ainsi pu prospérer. Et avec elles … leurs virus.
Pour en savoir plus :